LES FALAISES DE RIGLOS

Spot mondialement connu pour la grimpe, Riglos est un petit village d’Espagne situé dans la province de Huesca. Ici la géologie a réalisé un travail extraordinaire, taillant des falaises de grès monumentales de 300 m de haut pour certaines. Focus sur cet espace en passe de devenir aussi bon à rouler qu’Ainsa !

Je connais mal l’Espagne, alors c’est décidé, je dois désormais refaire mon retard. En 2017, j’avais visité Ainsa en VTT, en 2018 l’Andalousie (sans le vélo) et en 2019 un petit road trip s’imposait. Cap sur le pays du soleil  pour une semaine de bike. Après les Bardenas, me voici à Riglos dans la province de Huesca.

On peut croire, à tord, qu’il fait toujours chaud en Espagne, que le climat y est très clément. Bien entendu, quand on regarde une carte, on voit que tout le pays est plus au sud que la France. Mais c’est oublier la géographie locale, le relief et l’influence des entrées océaniques. Ici à Riglos, c’est du pur climat continental, nous sommes déjà à 600 m d’altitude, à mi-chemin entre mer Méditerranée et océan Atlantique. Bien calé au sud des Pyrénées, le petit village est frappé par des amplitudes importantes de températures. J’arrive sur Riglos dans l’après-midi. Et en plein hiver, le soleil ne tarde pas à se coucher très tôt. Je n’ai pas vraiment le temps d’aller rouler. Je décide juste de me dégourdir les jambes dans une des vie ferrate locales. Vue l’heure avancée dans l’après-midi, je choisis l’itinéraire le plus facile et le plus court du coin. Après une approche sous les falaises, j’attaque l’escalade. L’itinéraire est vraiment simple, mais permet d’apprécier la beauté du site. Au sommet, je bénéficie d’une vue incroyable sur ces colosses de pierre. Le belvédère est aussi propice à l’observation des vautours, ils sont en masse dans le coin, impossible de les rater. La descente est encore plus belle que la montée, je boucle cette balade à la nuit. Dès que le soleil se cache, la température chute de presque 10 degrés, glacial ! Je file à l’hotel pour prendre une bonne douche. Le soir, dans les rues de Ayerbe, le froid est intense, le vent s’engouffre dans les ruelles. Pas un chat dehors, mais les restos, eux, sont bondés. L’avantage de l’Espagne c’est qu’on peut manger tard !

Le lendemain je suis à pied d’oeuvre, dans le centre du village, le soleil est déjà levé. J’ai préféré attendre que ça se réchauffe un peu, j’ai prévu de passer la journée dehors, donc j’ai le temps de profiter du secteur. Je remonte tranquillement la piste suivie à la veille pour aller à la via ferrata. La pente est parfaite pour se chauffer, je double pas mal de randonneurs. C’est le week-end, et les gens viennent profiter de cette belle journée. Le site est très prisé des grimpeurs mais aussi des randonneurs. L’affluence sur les parkings est importante, ils sont vite complets. Quand la piste s’arrête, un sentier prend la relève. Et cela devient plus raide et plus dur. Je suis régulièrement obligé de descendre du vélo. Pour le coup, avec un vélo électrique et en maitrisant bien son engin, cela passerait sans poser le pied.  Je poursuis l’ascension, je sors enfin du vallon et prend de plein fouet le soleil. Un vrai bonheur en hiver. J’en profite pour faire une bonne pause, je n’ai pas spécialement envie de me presser.  Plus je rencontre Javier de Trans Nomad, une course enduro espagnole sur 4 jours, le courant passe immédiatement. Il m’indique brièvement tout le potentiel local. Et à l’écouter, il y a du très bon dans le coin. Et Javier est un personnage localement ! Consultant dans le tourisme, il a développé un centre VTT Puro Pirineo qui, d’après lui, est très proche de la qualité de Zona Zero. Cette info aiguise ma curiosité, je sens qu’il va falloir revenir en Espagne. Surtout qu’actuellement, Javier travaille sur le secteur de Riglos et développe à fond les parcours VTT. Il veut en faire très prochainement un centre de référence du VTT. Comme quoi en Espagne, les choses bougent !

Je continuer de grimper, le passage en versant nord fait office de frigo, à l’ombre le sol est encore givré, au loin les Pyrénées sont parées de blanc ! Magnifique. J’atteins un col gardé par une armé de chasseurs. Je suis légèrement inquiet pour la suite. Je me renseigne auprès, le langage corporel remplace mon espagnol. De ce que je comprends, pas de danger, la descente envisagée n’est pas sous le feu de tirs croisés. La lumière est magique, elle commence à décliner. Les vautours rois des airs et des falaises tournent sur les sommets. Le single est superbe, rapide, parfois technique, il faut rester mobile sur le bike. L’accroche est juste parfaite. Plus bas, j’atteins une petite construction, je prends une nouvelle pause, face au soleil, tel un lézard. Ca fait du bien. La descente se poursuit, c’est assez technique, pour ne pas dire très chaud parfois. Après une belle traversée sous les arbres, je plonge à gauche dans un vallon magnifique encadré par ces très hautes tours de grès. C’est Nicolas Watteau, auteur chez VTOPO dans les Pyrénées Atlantiques qui m’avait indiqué ce passage. Et il ne s’est pas trompé, il est excellent ! Le sentier est joueur, parfois caillouteux, parfois rocheux. Il faut utiliser toute la largeur, déjouer les meilleures trajectoires. J’enchaîne les virages face au soleil couchant. 

Arrivé en bas, je profite des derniers rayons en observant les grimpeurs jouer avec le rocher. L’atmosphère est paisible, j’accélère pour ne pas arriver à la nuit, je veux continuer à rester en t-shirt ! Après une bonne douche et un bon repas, je file au lit. Car demain il y a aussi vélo. 

Toujours ce grand beau temps pour démarrer cette nouvelle journée à Riglos. Direction Castillo de Loarre. Ce château, magnifiquement préservé, a servi de tournage notamment pour le film Kingdom of Heaven de Ridley Scott. Et on comprend pourquoi, il est superbe. La campagne autour est tout aussi belle, aride, rocailleuse, elle me fait passer aux Alpes de Haute Provence, notamment la région de Forcalquier. Après une bonne montée, j’arrive assez tôt sur le parking du château. Il y a déjà des randonneurs. Je repère une ouverture dans la muraille sud et j’entre dans l’enceinte du château. Quelle chance de pouvoir rouler dans un tel décor. Cependant, je ne traine pas trop, j’imagine qu’à l’ouverture au public du bâtiment, je ferai pas long feu ici ! Je découvre un joli sentier sous le château. Malgré son côté très rocailleux, il est très joueur, un vrai bonheur. 

Je reprends mon van et je mets cap un peu plus au nord pour mon tour de l’après-midi. Je gare mon véhicule près du monastère Saint Jean de la Pena, un des lieux les plus touristiques de cette partie de l’Espagne. La météo a déjà tourné, j’arrive, les parkings sont plein. Je discute avec un des gardiens du site qui m’annonce l’arrivée de la pluie dans l’après-midi. J’ai repéré un itinéraire interessant qui grimpe longuement par une piste jusqu’à une chapelle refuge perchée sur une crête à presque 1500 m d’altitude. Tant que je reste dans les bois, la température reste supportable.

Ca fait déjà longtemps que le soleil a disparu derrière les nuages, je passe quelques plaques de neige puis débouche sur la crête. Un vent de dingue balaie la montagne, le froid est glacial et je mets ma veste et m’abrite dans la chapelle. Une fois réchauffé, je m’active et parcours toute la crête sans m’arrêter. Pas question de trainer ici. L’itinéraire est magnifique, dommage que je n’ai pas les vues escomptées, les Pyrénées enneigées doivent être magnifiques. A peine arrivé au parking, il se met à pleuvoir. Les touristes ont logiquement déserté le site, je profite de visiter ce magnifique monastère blotti sous une falaise rien que pour moi.