EUSKADI : LE PAYS BASQUE

Les amoureux de grands espaces, de paysages marins sauvages et d’itinéraires panoramiques seront servis avec cette incursion au pays Basque. Cédric Tassan des éditions VTOPO est parti à la découverte du massif du Jaizbikel situé de l’autre côté de la frontière.

Depuis les hauteurs de Hondarribia, le soleil se lève sur le pays basque français. De la terrasse ma chambre, j’ai une vue imprenable sur Hendaye, sa magnifique plage, son port de plaisance et la baie de Chigoundy. Même si je suis de l’autre côté de la Bidassoa, ce fleuve qui sert de limite naturelle entre l’Espagne et la France, j’ai l’impression que ce pays fait qu’un. C’est l’âme du pays basque dans son unité dépassant les frontières qui se révèle.

Mon appareil est posé sur le bois d’une rambarde détrempée par les pluies de la veille, je suis entrain de réaliser un timelapse du lever de soleil. Il s’agit de faire régulièrement des photos et de les assembler au final pour donner une vidéo qui révèlera toute la beauté de cet instant magique. Le bruit de l’obturateur toutes les 2 secondes rythme ce début de journée. L’atmosphère est surchargée d’humidité, on sent les arbres dégouliner, tout transpire, suinte, s’écoule. C’est ainsi le cycle de l’eau qui rejoindra l’océan face à moi. Je reçois le soleil en pleine face, je sens pointer sa très légère chaleur, le paysage s’enflamme. Les sommets se détachent, les ombres dansent, les nuages vont et viennent. Il est temps de se préparer, la météo annonce une journée favorable, il faut profiter pleinement de cette lucarne. 

Vue la végétation locale, il est évident que ces terres sont arrosées régulièrement et abondamment. Pour autant, il fait plutôt doux alors que nous sommes en hiver. Après un bon petit déjeuner, nous enfourchons nos vélos et empruntons une petite route à travers les champs.

Quand le goudron s’interrompt, il faut slalomer entre les grandes marres de boue, le terrain est gras. Sous les arbres, cela prendra sans doute des jours à sécher. Nous atteignons le cap Higuer, ce qui signifie cap du Figuier. C’est le bout de terre le plus oriental de la mer Cantabrique et aussi l’extrémité nord-occidentale de la chaîne des Pyrénées ! Nous nous arrêtons au phare pour admirer la vue sur l’Océan. Construit à la fin du XIXe, ce bâtiment à fier allure et prévient les marins du danger. Ici la côte est déchiquetée. 

L’itinéraire du jour est très simple à suivre et se déroule en 3 parties. Tout d’abord, suivre le GR le long de l’Océan pendant plusieurs kilomètres, puis quitter le littoral pour grimper sur la crête jusqu’à la tour de Jaizkibel située 500 m plus haut et traverser toutes crêtes pour redescendre jusqu’au cap Higuer. Comme ça, l’itinéraire a l’air assez simple mais il va se révéler assez physique.

Le ciel est d’un bleu magnifique, le soleil malgré le versant nord ouest sur lequel nous roulons commence à arroser les flancs de la montagne. C’est agréable après un début de matinée si humide. Le trail est magnifique, très lisse, très propre. Mais ce coquin adore jouer aux montagnes russes, ça grimper, ça descend, puis ça regrimpe, et ça redescend. Pas le temps de trop souffler. Il faut même parfois descendre de vélo quand on passe de l’autre côté d’une crique.

Mais le spectacle est incroyable. Les vues sur l’océan sont grandioses. les falaises sont torturées, des tafonis comme en Corse tombe dans la mer. Nous franchissons à plusieurs reprises des rivières qui se jettent dans l’océan mer, c’est un spectacle assez rare et magnifique. Toujours ce cheminement de l’eau, qui des nuages, vers la terre, puis vers l’océan forme un éternel recommencement. Il faut parfois passer à gué ou parfois sur des passerelles. Le sol est très sablonneux, bien drainant pour le coup et le grip est parfait. Les descentes ne sont jamais très longues, mais elles déroulent de bon passages. Les montées sont courtes, explosives et parfois techniques. Chaque crique, ruisseau, à son nom.

Mais ils sont tous imprononçables. Le basque est à mille lieux finalement des langues françaises et espagnoles. Et c’est d’ailleurs un fait marquant. Bien souvent les langues locales sont des dérivées des langues principales. Mais ici ce n’est pas le cas. Le basque est un isolat, par ailleurs le seul encore vivant parmi toutes les langues d’Europe. Par définition, il n’a donc aucune filiation avec d’autres langues vivantes. Si on prend par exemple le français, on sait qu’il est issu du latin et appartient à la famille indo-européennes. Le basque, lui, constitue une famille à lui seul ! A peine croyable. Est-ce cela qui rend cette appartenance si forte à ce territoire ?

En tous cas, on peut facilement comprendre l’attachement à cette terre quand on voit à quelle point elle est belle. Ce bout de finistère est un comme une île préservée au milieu d’un continent européen de libre échange. Le temps s’être arrêté, et, de crique en crique, nous poursuivons notre quête du beau. Plus loin, nous franchissons une longue dalle peu inclinée où coule une large cascade. Juste après, c’est un passage en corniche avec une main courante qui nous attend. Et puis, vient cette magnifique crique où l’eau de pluie mêlée à l’eau de mer a formé un petit lagon. Certes, il n’est pas turquoise comme aux Caraïbes, car ici la roche est d’un sombre profond. Mais cette étendue d’eau parfaitement calme et plate renvoie tel un miroir des reflets incroyables. Nous nous approchons de ce lieu fantastique où sur la plage de galets trônent des édifices verticaux de pierre à l’équilibre précaire. Nous faisons la connaissance d’un homme qui lui aussi vient contempler ce spectacle de reflets. Il parle français, mais c’est un local, il vit en Espagne. Nous apprenons qu’il adore la photographie et qu’il connait pas coeur le coin. Il vient d’ailleurs quasiment tous les jours ici. Petite exception ces derniers temps car il nous avoue que c’est le premier jour de beau temps après 40 jours de pluie. Après avoir effectué quelques photos, nous continuons notre itinéraire. En hiver les jours sont courts et nous avons pris le temps de flâner, l’heure commence à tourner. Nous décidons alors d’interrompre notre périple en bord de mer pour gagner la crête. De toutes façons que ce soit ici ou plus loin, les chemins grimpent tous tout droit dans la pente. Autant au début il est jouable de rester sur le vélo, mais 500 m de dénivelé ainsi demanderait une force incroyable. Il est préférable de pousser. C’est là que l’on rêverait d’avoir un électrique et d’atteindre la crête en 15 minutes ! Nous traçons tout droit dans ces « alpages » d’un vert intense. Nous croisons de nombreux chevaux avec un poil magnifique, ce sont des pottokak, ils sont ici en semi-liberté. La crête est enfin atteinte, mais le vent a pris le dessus. Il est temps de se couvrir. Depuis la tour de Jaizkibel, la vue est incroyable, panoramique…

Malheureusement entre le soleil qui glisse maintenant très vite et le vent froid, il ne fait pas bon s’attarder. Nous filons sur la crête par un magnifique sentier, les passages sont roulants. Puis la crête plonge brutalement, nous pénétrons dans les bois, la pente est raide, les rochers glissants masqués par les feuilles. Il faut rester vigilant et bien choisir ses trajectoires. Nous filons tout droit. Plus nous descendons, meilleure est la température. Nous échappons à la rigueur du vent pour nous rapprocher de la douceur de la baie abritée. Nous savourons le luxe de nous découvrir avec les derniers rayons de soleil. Nous en terminons avec un splendide parcours très varié. Et si nous poussions un peu plus au sud la prochaine fois ?