S’ÉVADER DANS LES ALPES DE HAUTE-PROVENCE

Après plusieurs mois de confinement, limité ensuite aux massifs environnants, j’avais qu’une envie, poser mes roues au bout du monde mais en France. J’ai trouvé cette évasion dans une vallée perdue des Alpes de Haute-Provence. Récit.

Cette étape dans les Alpes de Haute-Provence est la première journée de mon premier trip post confinement. Et, comme beaucoup, cela me démangeait de voir du pays. L’été, quand la chaleur estivale bat son plein sur la côte et que rider n’est plus trop possible, j’opte pour de belles journées en montagne. Pour ce séjour, j’embarque mes 2 amis Thierry et JP. Il n’a pas fallu très longtemps pour les convaincre de m’accompagner. La confiance règne, j’ai carte blanche pour le trip. 

Le rendez-vous est fixé, la météo semble capricieuse. 48h avant de partir, les prévisions sont vraiment mauvaises avec des journées très orageuses et de fortes précipitations. Fort heureusement, les cartes météo s’arrangent, limitant les orages à la fin de d’après-midi. Nous prenons la décision de démarrer tôt le matin. Direction les Alpes. Finalement, au lieu de passer par la vallée de la Durance et son autoroute, nous coupons à travers le haut Var et ses jolis villages. Les paysages traversés sont sauvages, nous flirtons avec les gorges du Verdon, longeons le lac du Castillon dans un crépuscule de plomb puis finissons de nuit dans des gorges jusqu’à Annot. Notre chambre d’hôtel nous attend. Ce n’est pas le grand luxe, mais amplement suffisant pour une nuit. Nous avons diné sur la route, il ne reste plus qu’à se coucher. Le réveil est mis sur 5h30, nous montons avec le van jusqu’au point de départ. Là-haut, le soleil se lève, nous prenons un bon petit déjeuner dans le petit village perché de Braux.

Vers 7h, nous grimpons sur nos vélos. Nous avons pris un peu de temps pour préparer nos affaires, nous répartir le matériel de réparation. Autant quand on part à la journée, depuis la maison, je me tient au strict minimum, voir parfois encore moins, là, quand on part sur un trip, j’aime que les journées ne soient pas gâchées par du matériel manquant. Tout est vérifié avant, on doit pouvoir trouver des solutions à plusieurs pannes. C’est aussi pour cette raison que je dissuade mes potes à venir en vélo électrique. Même si les pannes électroniques sont rares, elles sont par contre invalidantes car irréparables sur le terrain. Nous grimpons dans le village. Après une section raide, nous préférons pousser car nous ne sommes pas chauds. Plus haut, la piste forestière grimpe plus tranquillement, elle offre une belle ombre. Même si c’est encore tôt le matin, il fait déjà chaud. Au col du Fam, l’ambiance monte d’un cran. Ca sent vraiment les préalpes. Au loin, le fond de la vallée marque l’endroit où nous devons traverser pour revenir sur la rive droite du torrent. Plus loin, la piste se transforme en chemin plus étroit. Des 4x4 avec des remorques stationnent. Car, tout en fond de la vallée, le petit hameau d’Aurent n’est pas accessible en voiture. Seule possibilité motorisée le quad et ce chemin caillouteux et étroit ! Nous traversons longuement puis descendons jusqu’au torrent. De là, une passerelle étroite et suspendue permet d’enjamber le cours d’eau qui, selon la période, doit bien gonfler. De l’autre côté d’une petite crête boisée, Aurent ! Un charme incroyable, les bâtisses de pierres sont étroitement lovées autour d’un complexe de quelques petites ruelles. Quelle tranquillité ici. Nous tirons jusqu’à la jolie chapelle hissée sur un promontoire. La vue est incroyable. Après une pause, quelques photos, nous descendons à nouveau vers un nouveau torrent, le traversons par une courte passerelle. De l’autre côté, le sentier est rapidement en mauvais état. Des blocs encombrent le sentier, quelques passages pentus sont effondrés. Il faut régulièrement descendre de vélo et rester bien vigilant car à de nombreux endroits une chute serait fatale… 

Pendant que le cours d’eau plonge dans la vallée, notre sentier prend de la hauteur. Le soleil trouve un moyen de venir illuminer la vallée, on passe de la fraîcheur à la chaleur. Une fois atteint le point haut, le sentier devient très sympa à rouler, les vues sont toujours aussi magnifiques. Nous entrons dans le petit hameau d’Argenton, un paysage de conte pour enfants : grandes pelouses toutes vertes, petites maisons charmantes, chevaux en liberté, ânes, chèvres… Pour la peine, nous nous offrons notre deuxième pause à l’ombre d’une chapelle. Quand nous reprenons notre itinéraire, nous profitons des chemins astucieux tracés depuis des lustres. En France, et en Europe, nous sommes chanceux. Car les montagnes ont toujours été habitées et parcourues. Dès lors, pour faciliter la marche, les anciens ont bâti des sentiers intelligents, plutôt à flanc que montant droit dans la pente. Les vallons sont épousés au mieux, les obstacles contournés avec anticipation. A vélo, c’est un bonheur car dans ce versant raide où nous pourrions imaginer progresser difficilement, nous avons l’agréable surprise de rouler un sentier parfaitement propre et presque à plat. C’est ainsi, que facilement, nous atteignons la crête. De là, nous devions du sentier balisé pour une trace bien marquée qui reste sur les hauteurs. Les vues se dégagent parfois entre les pins, le paysage dévoilé est tout aussi grandiose. Nous pénétrons dans le site des grès d’Annot. C’est un secteur emblématique pour les grimpeurs. Ces grès sont très prisés : escalade de bloc ou falaise, il y a du choix. Et pour nous vététistes, c’est un régal de déambuler à traverser ces sculptures de pierre. Le sentier offre parfois d’étonnantes surprises : contournement d’aiguilles, trouées entre les blocs, arche rabaissée, goulet rocheux…Nous descendons ainsi longuement jusqu’au bout de la falaise, là où la vue s’ouvre tout d’un coup. Nous longeons le pied des rochers. Il faut rester prudent car le vide à gauche est présent et réel. Quelques grimpeurs nous voient passer avec stupéfaction. 

Depuis plus d’une heure, le temps a changé. Je garde constamment un oeil sur le ciel, mais là, il faut avouer que le mauvais temps arrive vite. Nous ne sommes plus très loin d’Annot, mais en même temps, je n’ai pas envie d’arriver trempé. Alors que l’orage gronde à proximité, les premières grosses gouttes s’abattent sur nous. Nous prenons la décision de nous abriter sous les falaises. Au moment où nous descendons de vélo, l’orage s’abat sur la vallée. Bien au sec, avec nos vestes, nous sommes bien contents de profiter de ces grandes parois pour nous abriter. Finalement, la pluie est de courte durée. Au bout de 15 minutes, elle s’arrête. La vallée s’éclaircit à peine. Au loin, c’est toujours très noir. Et j’ai remarqué que les précipitations arrivent de là-bas. Nous ne traitons pas car je crains que cela revienne rapidement. Cependant, le sentier est détrempé. Et sur les grès usés par les marcheurs et le grimpeurs, l’adhérence n’est plus la même. Nous traversons la chambre du Roi, sorte de galerie « pharaonique » entre 2 falaises, nous plongeons dans un sentier hyper technique. Il faut avouer que certes, nous sommes secs, mais la pluie a rendu de nombreux passages très dangereux. Nous avons déjà une bonne journée dans les jambes, il reste encore 4 jours de ride dans le trip, on préfère assurer et passer à pied ce qui nous parait scabreux. La descente est chaotique, engagée, parfois on roule, parfois on marche. L’orage revient, on accélère. Nous arrivons dans Annot, la pluie commence à retomber. A peine nous avons le temps de nous abriter que c’est le déluge à nouveau. Dans ces conditions, impossible de faire du stop pour aller chercher le van. Par chance, un taxi local est sur place. Je suis pris en charge 15 minutes après mon appel et remonté à Braux. Quand je redescends sur Annot, après une interruption, l’orage est reparti de plus belle. Nous lavons les vélos à la fontaine du village puis chargeons le van sous une pluie battante. Cap vers le val d’Allos pour notre deuxième jour de ride. Sur la route, les orages alternent, c’est une fin de journée bien chaotique dans le ciel. Mais nous savons en même que c’est le chant du cygne pour cette perturbation !